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Écrit par Totche   
Dimanche, 12 Juillet 2009 23:13

Un subtil dégradé d’orange inondait le ciel, illuminant les épars nuages. La soyeuse chevelure rousse d’Irina ondulait en rythme avec la légère bise, en parfaite harmonie avec ce sublime horizon. Elle était assise sur ce banc qui surplombait la ville, en ce lieu mythique qui symbolisait leur amour. Danny la rejoignait, calme. Il se sentait heureux. Il contemplait cette magnifique exquise que la nature lui offrait. Quelle ironie, ils s’étaient rencontrés ici, voila maintenant trois années. À la même date, exactement à cette heure-ci. Repenser à ce moment illuminait son cœur. Un large sourire irradiait son visage. Il ne s’approcha pas d’Irina tout de suite, voulant profiter encore et encore de ce somptueux spectacle.

Irina ressentit la présence de Danny. Elle le connaissait tellement bien, elle savait qu’il l’observait amoureusement, que comme elle, il était subjugué par la beauté immense qui s’affichait devant leurs yeux. Pour elle, chacun de ses regards était un délicat mélange de tendresse et de désir, tout son corps frissonnait de plaisir. Les odeurs, ce resplendissant coucher de soleil la ramenait à l’instant magique de leur rencontre. À cette époque, ils n’étaient rien d’autre que deux âmes en souffrance. Ils venaient sans le savoir au même endroit, afin de mettre fin à l’immense fardeau que représentait la vie. Ils devaient se jeter du haut de la falaise. Si un Dieu existait, il les avait placés l’un devant l’autre. Ils se retrouvèrent face à face, une braise ardente illuminait immédiatement leurs yeux. Ces instants qu’ils vécurent ne peuvent être décrits par des mots. Il s’agissait de bien plus qu’un simple coup de foudre. Le terme alchimie étant à peine approprié. À travers l’autre, ils se découvraient eux-mêmes. Ils prenaient conscience que la vie les animait au plus profond de leur Être. Une inexplicable fusion les éleva au-dessus des murs de douleurs qu’ils s’étaient créées. Ils ressentaient le vrai amour. Les sentiments négatifs qu’ils les avaient animés jusqu'à ce jour, tels des pantins, se retrouvaient aspirés par l’incommensurable force née de la rencontre de leur Être.

Ils avaient vécu ces trois années dans une dimension étrangère à la majorité de leur semblable. Qu’importent le lieu, les conditions, qu’il fasse beau ou bien qu’il pleuve, leur amour respirait la béatitude et la joie de vivre. Ils représentaient chacun une porte vers cet ailleurs. La pureté de leur sentiment en servait de clé. Le passé était semblable à une vieille photo jaunie, sur laquelle on ne reconnaissait pas ceux qui posaient dessus. Ils s’aimaient chaque seconde liée par une force inexplicable. Ils n’avaient plus besoins de rien, ils survolaient ce monde malade, constatant l’inutilité de toute cette violence, la futilité croissante que représentait le besoin de posséder des choses, afin de combler le vide. Ils s’amusaient à regarder tous ces gens courir et ne jamais s’arrêter. Ils assistaient comme de simples spectateurs à l’inéluctable impermanence. Chaque instant vécu respirait la magie de l’univers et ils se laissaient porter comme deux poussières baladées au gré des vents.

Danny s’avançait lentement vers Irina, sa main glissait le long de ses cheveux, il humait avec joie toute sa féminité. Le décor devenait idyllique, au loin, les premières étoiles filantes fendaient le soleil couchant. La première garde du fossile cosmique. Danny s’assit à côté d’elle, ils admirèrent ensemble la force de l’univers. Une énergie incroyable se déployait tout autour d’eux. Petit à petit, les étoiles devinrent des petits cailloux brûlants qui atteignirent le sol. Le bruit de leur chute était semblable à celui de la grêle. Le soleil illuminait la falaise de ses derniers rayons, laissant place à la couleur de l’espace. La première salve de rocher spatial s’abattait sur face exposée de la planète.

Les deux amoureux quant à eux se tenaient la main. Il émanait une sérénité en leur présence qui contrastait complètement avec la panique régnant sur le monde. Tous ces êtres humains qui essayaient vainement d’échapper à l’inéluctable fin du monde. Les pauvres, ils rataient l’ultime spectacle que leur offrait l’univers. Nos amoureux voyaient tous ces gens courir désespérément en bas, dans la ville. Ils ne les jugeaient pas, mais trouvaient simplement inutile cet acharnement à rejeter l’évidence. Cela faisait trois ans jours pour jours qu’un astronome avait repéré un gigantesque corps céleste venant à la rencontre de la Terre. La taille de cet astre faisait environ 500km de long. Tous les scientifiques l’affirmaient avec conviction, l’impact de la météorite sur la planète provoquerait une mort certaine sur un tiers du globe lors de l’impact tellement le choc serait violent. Le reste de la population du monde périrait lors d’un hiver nucléaire. Les divers gouvernements et de nombreux savants avaient tout tenté pour le repousser l’astéroïde, mais la science humaine venait de montrer ces limites face à la puissance de l’univers.

D’un seul coup une immense vague de chaleur irradia la face exposée de la planète, le rocher stellaire venait de pénétrer l’atmosphère. Le couple venait de lever les yeux au ciel, juste le temps d’apercevoir l’ombre de la météorite. Au moment de l’impact, une puissante vague de feu embrasa toute l’Europe en quelque seconde anéantissant toute vie organique. La violence du choc fut d’une incomparable, déstabilisant l’orbite et l’inclinaison de la Terre. Vu de l’espace le spectacle était saisissant, les recoins épargnés par les conséquences de la collision furent engloutis par d’immenses raz de marée. Les volcans endormis se réveillèrent crachant de la lave et des cendres à des hauteurs vertigineuses. Une multitude de fragments s’éparpillaient dans l’atmosphère. Les quelques survivants ne mettraient pas longtemps à succomber dans ces conditions cataclysmiques. L’humanité venait de disparaître, en l’espace de quelques minutes. La vie organique n’était plus. Pourtant, l’incroyable énergie de la vie s’élevait, des milliards d’âmes prenaient le chemin du cosmos. Elles retournaient alimenter le cycle de la vie universelle. Poussière d’étoiles elles étaient, poussière d’étoiles elles redevenaient. La traînée de l’astéroïde enveloppait lentement la planète, créant une petite nébuleuse que la lumière du soleil illuminait. Parmi cet amas de gaz, de fragment, deux âmes se trouvaient enlacées, inséparables. Qui sait ce qu’elles deviendront ?

Mise à jour le Dimanche, 18 Octobre 2009 07:54
 

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