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ANNA
Certaines blessures de l’âme peuvent ressembler à d’immense gouffre sans fin. Il arrive que la mort frappe sans crier gare, à cet instant où le bonheur doit atteindre son paroxysme. Laissant apparaître les abîmes terrifiants de l’esprit.
Cet hommage représente le fruit d’un long chemin, le franchissement d’une immense montagne. Il est la voie la plus longue et la plus tortueuse, celle de l’acharnement dans la douleur.
Un petit être qui aurait dû voir les premiers rayons du soleil quelques jours avant que le souffle de la vie ne l’abandonne. Une vie abstraite, qui possédait déjà un nom, une chambre et des tonnes d’amours. Mais donc, la forme physique n’apparaissait que par les rondeurs du ventre de sa mère. Sans présence, sans image, elle devint souffrance, et ainsi elle ne me quittait pas. Je refusais de me séparer du seul lien qui m’unissait à elle, la douleur. Inconsciemment, elle existait ainsi au plus profond de moi.
Aujourd’hui, je sais que la douleur n’a servi à personne. Mon entourage a souffert et s’est extrêmement inquiété de me voir naviguer dans les eaux troubles de la dépression. Moi je me suis fait beaucoup de mal. Et je souffre encore aujourd’hui des épreuves terrifiantes que j’ai dû affronter.
L’expérience que j’ai vécue – la perte d’un nourrisson juste avant la naissance — arrive plus souvent que l’on croit. Alors, par ce billet, je souhaite rendre un véritable hommage à toutes ces vies sacrifiées.
Toi qui es un père déchu, qui lit cette lettre, ne laisse pas la douleur te ronger lentement l’intérieure. Quel que soit l’immensité de ta peine, sache que tu n’es pas seul, que d’autres ont vécu la triste expérience de ne pas entendre le premier pleur du fruit de leur chair. Que s’enfermer sur soi même n’est pas une solution ! Il te faudra vivre avec la souffrance, et même la vivre pleinement afin de rendre un véritable hommage à cette vie si précieuse que personne à part toi ne reconnaît. La société ne te facilitera pas la tâche, elle te laissera dans le flou, il est même possible qu’elle te refuse le droit d’être père. Dans l’intention d’adoucir ta peine, les gens dans leur maladroite bienveillance essaieront de te réconforter avec des dictons populaires dont le bon sens ne fera qu’enflammer un peu plus la colère qui s’instaure en toi. Pardonne-leur, pardonne-toi, ne laisse pas la culpabilité t’étouffer, sache que dans la vie, il y a des questions qui n’ont pas de réponses. Que tout le temps que tu passes à essayer de comprendre t’empêche de rendre un véritable hommage à la vie perdue.
L’immense détresse ressentie lors de l’annonce de la mort d’Anna m’a littéralement empêché de tourner mes pensées vers son âme, voilà pourquoi aujourd’hui, j’écris ces mots, parce qu’il n’est jamais trop tard pour s’inquiéter de l’âme de ceux qu’on aime.
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