_jeux

menuanno menucxl menucl menusims menutropico menux3

X3 conflit terrien 2.7 est enfin arrivé.

Sim 3 ambition, premières impressions.

À découvrir dans L'univers Jeux Vidéos.

Portail Publications des abonnés Gérard de l'extrême Les croix (pamphlet)
Les croix (pamphlet) PDF Imprimer Envoyer
Note des utilisateurs: / 0
MauvaisTrès bien 
Écrit par Gérard de l'extrême   
Lundi, 14 Septembre 2009 07:48

Symboles gigantesques, leurs ombres planent sur cette terre comme le mystère qui les entoure. Pourquoi ces créations de l’homme hantent-elles nos nuits et consternent-elles nos esprits ? Cet effrayant secret éternel qui focalise nos croyances aurait-il un pouvoir maléfique ?

De toutes, celle qui fit trembler le monde, fut celle de Jésus, fils de Dieu qui domine l’incommensurable force du symbole. Y aurait-il eu un créateur du monde qui sacrifia son fils sur la croix et que cela s’oublie ? Pourquoi, si Dieu existe, fit-il cela ? Quelles réponses des hommes attendait-il ? Qui peut répondre à cette question ?
Cette croix de Jésus aux proportions humaines était la guillotine de cette époque. L’homme crucifiait pour chaque faute commise contre le pouvoir. Des milliers de croix recouvraient les collines et les gémissements des coupables rassuraient le pouvoir de ceux qui craignaient de le perdre. Glorifions ceux qui surent de leur lance achever le supplice des sacrifiés pour l’exemple, au risque de leur vie. Glorifions ceux qui construisirent ces belles croix et ceux qui en forgèrent les clous. Glorifions celles qui descendirent les corps sans vie, les embaumèrent et les ensevelirent au tombeau en récitant des prières. Gloire à tous et que la croix de Jésus règne à jamais. Est-ce vraiment ce que voulut son père ?

Beaucoup plus tard, pas loin de chez vous, ceux qui épousèrent la terre au point de lui ressembler, qui leurs sangs mêlés, se battirent comme des sauvages au nom du pouvoir qu’ils ne connaissaient pas, de ceux-ci, mon grand-père en était. Enterrés vivants, ivres de vins mauvais, de schnaps ou de gnoles, ils se sertissaient dans la terre nauséabonde comme engloutis par la bêtise de ceux qui les commandaient. La seule odeur possible, insoutenable, forte, irréelle : celle de la mort. La seule musique entendue, insoutenable, forte, irréelle : la mitraille. Le seul liquide chaud, le sang qui coulait dans leurs veines avant de se perdre dans la terre. Les plus heureux étaient ceux qui avaient la chance de devenir foules, de perdre la tête et qui, tels des diables se levaient, poitrine nue, face à la mort, pour échapper aux souffrances et mourir en martyrs.

Emportés par les gaz, déchiquetés par la canonnade, transpercés par la mitraille, soumis ou révoltés, ils firent cette guerre au nom de la croix, de leurs croix.
Les insoumis, eux, les traîtres, les judas qui voulaient mettre en danger le pouvoir, eux les plus intelligents qui avaient compris avant tout le monde, qu’ils étaient les victimes de l’absurde, les victimes d’une gloire qui ne les concernait pas, furent fusillés pour l’exemple à l’exemple des crucifiés. Ils n’avaient qu’un seul droit : celui de mourir attachés à un poteau, les yeux bandés, propres et en bonne santé, assumant en pleine conscience leur responsabilité. Ils avaient choisi, ils avaient refusé de mourir ivres, sales, puants, drogués, dans une gerbe de feux, de balles, d’éclats et de folies diaboliques.
Pour quoi ? Pour qui ? Au nom de quelle croix devaient-ils tous mourir ?

Ceux qui voulaient cela obéissaient au pouvoir de ceux qui ne voulaient pas le perdre. Coiffés de dorures, vêtus de beaux linges, d’uniformes colorés et impeccables, droits comme leurs plis de pantalon, ils regardaient les flèches bleues qui convergeaient vers le fort de Douaumont, le Chemin des Dames, Verdun, le Fort de vaux. Souriant, le généralissime personnage, sirotant son café tout droit venu du Brésil, fumant son cigare, jouissait de voir s’allonger les flèches bleues. Il était fier de sa bataille, celle qui allait le faire rentrer dans l’histoire. Pensait-il à ceux qui mouraient ? Savait-il qu’ils existaient ? Les régiments, des punaises jaunes ; un bataillon, un cercle bleu ; un front, une tresse noire ; oui c’était ça pour lui la guerre, c’étaient des punaises.
Les mains dans les poches de son manteau, il songeait à son bâton étoilé, sa promotion. Oui, il songeait à lui, inquiet, maussade, tendu, car le ministre, son ministre venait le voir. Aurait-il sa médaille ? Celle qui laisse un si grand vide sur sa poitrine et une amertume dans des pensées. Aurait-il des nouvelles de sa tendre épouse ? Fera-t-il froid demain ? Aura-t-il le chauffage qu’il demande ? Pour lui, point de croix à porter, point de sacrifice à faire, il ronchonnait simplement : l’infirmier tardait à venir soigner sa blessure de guerre, celle qu’il se fit en plantant une punaise : quelle imprudence ! Quelle témérité ! Quel courage !

Sur cette terre proche de chez vous, ils ont connu l’enfer. Sur cette terre qui n’appartient qu’à Dieu, là où des frères ne parlaient pas la même langue, les puissants écrasèrent les plus faibles par millions. Là où la bêtise régna en maître absolu, qui laissa faire ? Qui décida que la guerre de mouvement était impossible ? Qui ne décida pas qu’il fallait cesser la boucherie ? Quels hommes de pouvoir furent accusés, fusillés ? Joffre ? Aurait-ce été lui, l’homme de pouvoir coupable de tout cela ? Non ! Responsable, pas coupable, il n’avait fait que son devoir de soldat. Pétain ? Allons donc ! Il fut – comme promis – nommé Maréchal en 1918. Lui, impossible ! Il avait si bien réprimé les mutins et rétabli le calme pour qu’ils meurent en bon ordre. Nivelle alors ! Le boucher qui fut relevé pour que cessât le massacre. Non plus ! Alors qui ? Personne. La croix ? Serait-ce elle ?

Ce qui fut vrai c’est que le nombre de croix de Jésus qui furent plantées pendant la bataille, dans le sol souillé, personne ne les compta. Sitôt plantées, sitôt ensevelies. Sur cette terre pas loin de chez vous, ce matin, si vous y allez voir, vous verrez ces champs immenses où ont poussé des croix blanches, toutes les mêmes, bien alignées, unies dans leur courage, mais vous ne pourrez jamais imaginer combien de corps furent ensevelis à jamais, en cette riche terre de France.
Grand-père m’avait dit :
« J’avais rêvé que ce champ fût semé de blé, mais ce sont des croix qui ont poussé ».

Je n’ai rien compris mais j’ai pleuré comme lui. A sept ans il n’y a que cela que je sus faire.

C’est encore pour une croix, pas celle de Jésus, mais une autre, plus noire, plus terrible, portée haut à la face du monde. Au nom de celle-ci, l’homme fit la découverte de la violence moderne par d’autres hommes qui portèrent le cahot. Déferlantes de mitrailles, de chars effrayants venant de l’Est et Stuka piquant du ciel, ils arrivèrent sur leurs mécaniques rutilantes, magnifiques et nobles dans leurs uniformes d’une beauté exceptionnelle. Les claquements des bottes, un cri comme bonjour, la force destructrice, le machiavélisme des foules comme religion, ils envahirent et occupèrent ma France, mon pays. Par barbarie, par sadisme, par la peur de leur chef qui les effrayait plus que l’ennemi, ils firent ce que personne avant eux – sauf le diable peut-être – ne put imaginer.
Au nom de cette croix, ils perdirent leurs âmes. Heureusement au nom de la croix à deux traverses, celle de la libération, ils résistèrent dans l’ombre et sans jamais cesser d’y croire, un grand homme, par la taille, par la voix, par le courage, parla de Londres si fort que le monde entier se mobilisa pour soutenir ceux qui portaient la croix de la libération.
De cette folie, sur terre, dans les airs, sur et sous l’eau, nous ne pourrons tout connaître. La croix dominatrice et lugubre, la croix du néant et de la domination, fut bannie à jamais, brûlée, comme pour conjurer le sort. Sur le sol de France, des terres encore furent ensemencées de croix blanches, plus nombreuses plus blanches et s’ajoutant aux autres.

Père m’a dit : « J’avais rêvé que ces terres de la Manche restassent vierges, mais je suis fier de ces croix sous lesquelles reposent ceux qui nous ont libéré »

J’ai bien compris ce qu’il ressentait et je n’ai pas pleuré. Dans mon uniforme de Capitaine, je n’avais pas le droit de le faire.

Devant ces champs de croix blanches si bien alignées, j’eus soudainement peur. Une peur qui me coupa les jambes. Depuis ce jour, devant la croix de Jésus, je demande à Dieu s’il existe, de m’épargner d’avoir à présenter à mes enfants autre chose qu’un champ de blé.
Heureusement j’étais en paix avec moi-même, j’étais fier et certain de contribuer à ce que disaient nos anciens :
« Plus jamais ça »

Que la croix de Jésus, reste dans nos églises et n’envahisse plus jamais nos champs de France

Mise à jour le Mardi, 27 Avril 2010 10:01
 

Cliquez sur les bannières de ceux qui ont aidé Tapuscrine

Bannière

Site propulsé par phpDesigner © 2010, 2011 Les Logiciels Francophone™
Logo de phDdesigner